Anorexique

Comprendre comment l’anorexie touche aussi les hommes et les personnes non binaires au-delà des stéréotypes

Comprendre comment l’anorexie touche aussi les hommes et les personnes non binaires au-delà des stéréotypes

Comprendre comment l’anorexie touche aussi les hommes et les personnes non binaires au-delà des stéréotypes

Quand tu entends « anorexie », tu imagines souvent une adolescente très mince, en jean taille 34, qui refuse de manger. Cette image est tellement répétée qu’elle finit par sembler « vraie ». Problème : elle efface tout un pan de la réalité.

Des hommes, des personnes non binaires, des personnes trans vivent aussi avec l’anorexie. Elles souffrent autant, mais sont beaucoup moins repérées, moins prises au sérieux, moins bien soignées. Si tu ne te reconnais pas dans le cliché « jeune fille anorexique », tu peux même te dire : « Ce que je vis ne compte pas vraiment ».

Cet article est là pour t’aider à remettre les choses à leur place : comprendre comment l’anorexie touche aussi les hommes et les personnes non binaires, pourquoi c’est si peu visible et comment tu peux te repérer, pour toi ou pour quelqu’un de ton entourage.

Pourquoi on parle si peu des hommes et des personnes non binaires

L’image « fille blanche, mince, perfectionniste » ne vient pas de nulle part. Pendant longtemps, les études sur l’anorexie ont été menées surtout sur des adolescentes et des jeunes femmes. Les professionnels ont été formés avec ces profils-là en tête.

Résultat : ce qui ne rentre pas dans cette case est souvent :

Pour les personnes non binaires et trans, c’est encore plus compliqué. Les questions d’identité de genre viennent se mêler à l’image du corps, au regard des autres, à la dysphorie. Les rendez-vous médicaux peuvent être pénibles, intrusifs, voire violents. Beaucoup préfèrent se taire plutôt que de se sentir jugées ou invalidées.

Tu vois le cercle vicieux :

Ce que disent (quand même) les chiffres

Malgré le manque de données, on sait aujourd’hui plusieurs choses :

Autre point important : les statistiques « officielles » ne reflètent que les cas diagnostiqués. Or beaucoup de personnes ne rentrent jamais dans un cabinet médical, ou bien ne disent pas la vérité sur leurs comportements.

Si tu te dis : « Je ne suis pas sûr·e d’être vraiment anorexique », c’est peut-être aussi parce que tu n’as jamais vu d’exemples qui te ressemblent.

Comment l’anorexie peut se manifester chez les hommes

L’anorexie chez les hommes existe depuis longtemps. Elle est juste moins visible, parce qu’elle se cache souvent derrière des comportements socialement valorisés.

Quelques exemples concrets :

Chez les hommes, l’obsession n’est pas toujours d’être « mince » mais parfois d’être « sec », « tracé », « sans gras », avec idéalement des muscles visibles mais très peu de masse grasse. Ça se traduit souvent par :

Le fond, lui, reste le même que chez les femmes :

Et chez les personnes non binaires et trans : un terrain encore plus fragile

Si tu es non binaire ou trans, la relation à ton corps est souvent déjà compliquée avant même que la nourriture entre en jeu. Peut-être que :

Dans ce contexte, restreindre, maigrir, « disparaître » ou au contraire modifier ton corps par l’alimentation peut devenir une tentative de reprendre la main. Par exemple :

À cela s’ajoutent souvent :

Tout cela ne crée pas l’anorexie à lui seul, mais ça augmente le risque et rend la prise en charge plus complexe si les soignants ne sont pas formés.

Pourquoi ces troubles sont si mal repérés

Les stéréotypes font des dégâts très concrets. Ils retardent le diagnostic et la prise en charge. Voici ce qu’on entend souvent :

Parfois, tout cela est vrai. Parfois, ce sont des rationalisations qui masquent un trouble réel. Ce qui fait la différence, ce n’est pas l’étiquette (« sportif », « vegan », « healthy »), c’est l’intensité de la peur, de la culpabilité, de l’obsession.

Quelques signaux qui doivent alerter, quel que soit le genre :

Ce n’est pas parce que la personne n’est pas « squelettique » ou qu’elle ne correspond pas au cliché féminin qu’il ne se passe rien de grave.

Se repérer : des questions honnêtes à te poser

Si tu te demandes si ce que tu vis est « assez grave » pour parler de trouble alimentaire, laisse de côté les images Instagram et pose-toi plutôt des questions concrètes :

Si plusieurs réponses te font tiquer, ce n’est pas un « petit souci de nourriture ». C’est un signal que ton rapport à l’alimentation et à ton corps prend trop de place et commence à te nuire.

Comment en parler quand on ne rentre pas dans le cliché

Tu peux te sentir illégitime. Te dire :

C’est précisément cette petite voix qui entretient la maladie. Tu n’as pas à cocher toutes les cases d’un manuel pour demander de l’aide.

Pour un premier pas, tu peux :

Tu as le droit de dire aussi ce dont tu as peur :

Un·e professionnel·le compétent·e saura entendre ces craintes et y répondre, même si tout ne se règle pas en une séance.

Ce qu’implique la prise en charge, quel que soit ton genre

Le traitement de l’anorexie repose sur plusieurs axes, qui s’adaptent à chaque personne mais gardent des points communs :

Pour les personnes trans et non binaires, un point important est la coordination entre :

L’objectif n’est pas de « soigner » ton identité de genre (elle n’est pas une maladie) mais de faire en sorte que le trouble alimentaire ne vienne pas tout détruire sur son passage, et que les décisions concernant ton corps soient prises dans les meilleures conditions possibles.

Et si tu es proche d’un homme ou d’une personne non binaire concerné·e

Si tu lis cet article pour quelqu’un que tu aimes, tu peux te sentir perdu·e. Tu ne sais pas quoi dire, ni comment. Tu as peur de mal faire. Tu peux commencer par :

Tu ne pourras pas « guérir » la personne à sa place, mais tu peux jouer un rôle clé pour qu’elle ne reste pas seule et qu’elle franchisse le pas vers une aide professionnelle.

Sortir des stéréotypes pour ouvrir des portes

L’anorexie n’a pas de genre. Elle utilise les failles, la pression sociale, les normes de virilité, de féminité, de minceur, de performance. Elle se glisse partout où le corps devient une preuve à donner aux autres, un champ de bataille, un ennemi à contrôler.

Si tu ne ressembles pas au cliché et que tu souffres quand même, ta douleur est légitime. Tu as le droit d’être pris·e au sérieux, d’être entendu·e, d’être soigné·e, quel que soit ton genre, tes pronoms, ton expression.

Le premier pas n’a pas besoin d’être parfait. Il a juste besoin d’exister : en parler, écrire, prendre rendez-vous, lire d’autres témoignages, te rapprocher d’associations, poser une question à ton médecin. C’est souvent dans ces gestes concrets, un peu bancals, que commence vraiment le chemin pour sortir de l’emprise de la maladie.

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