Bipolarité symptômes, diagnostic et traitements
La bipolarité est un trouble psychique encore mal compris. On l’imagine parfois comme une simple alternance entre bonne humeur et tristesse. La réalité est plus complexe. Le trouble bipolaire se caractérise par des épisodes d’humeur inhabituelle, avec des périodes de dépression et des périodes de manie ou d’hypomanie.
Ces changements ne sont pas de simples variations émotionnelles liées à une mauvaise journée, à un stress ou à un conflit familial. Ils peuvent modifier le sommeil, la pensée, les relations, les décisions et la capacité à travailler ou à étudier.
Comprendre les symptômes permet de mieux repérer ce qui se passe. Mais seul un professionnel peut poser un diagnostic. Une personne qui se reconnaît dans cet article ne doit pas essayer de se diagnostiquer seule.
Qu’est-ce que le trouble bipolaire ?
Le trouble bipolaire est un trouble de l’humeur. Il évolue par épisodes. Entre ces épisodes, certaines personnes retrouvent un fonctionnement habituel. D’autres gardent des symptômes résiduels ou une fragilité émotionnelle.
Il existe plusieurs formes de bipolarité. Les plus connues sont :
- Le trouble bipolaire de type I, marqué par au moins un épisode maniaque. Des épisodes dépressifs surviennent souvent, mais ils ne sont pas indispensables pour poser ce diagnostic.
- Le trouble bipolaire de type II, qui associe des épisodes dépressifs et des épisodes hypomaniaques. L’hypomanie est moins intense que la manie, mais elle représente tout de même un changement net par rapport au fonctionnement habituel.
- La cyclothymie, caractérisée par des fluctuations chroniques de l’humeur, moins sévères que dans les formes précédentes, mais présentes sur une longue durée.
Le mot « bipolaire » est parfois utilisé à tort pour parler d’une personne qui change souvent d’avis ou d’humeur dans la même journée. Ce n’est pas cela. La bipolarité ne se résume pas à être joyeux le matin et triste le soir. Les épisodes durent généralement plusieurs jours ou plusieurs semaines et s’accompagnent d’autres changements observables.
Les symptômes d’un épisode maniaque
La manie correspond à une période d’humeur anormalement élevée, expansive ou irritable. Elle entraîne une activation importante. La personne peut se sentir particulièrement en forme, créative ou invincible. Elle ne perçoit pas toujours que son comportement a changé.
Les signes possibles sont les suivants :
- une humeur très exaltée ou une irritabilité inhabituelle ;
- une énergie débordante et une activité intense ;
- un besoin de sommeil nettement diminué, sans sensation de fatigue immédiate ;
- une parole rapide, difficile à interrompre ;
- des pensées qui s’enchaînent très vite ;
- une difficulté à rester concentré sur une tâche ;
- une grande confiance en soi, parfois déconnectée de la réalité ;
- des projets nombreux, commencés rapidement puis abandonnés ;
- des dépenses excessives ou des décisions financières risquées ;
- une sexualité inhabituelle ou des comportements impulsifs ;
- une agitation importante, voire une perte de contact avec la réalité.
Imaginez une personne qui dort trois heures par nuit pendant plusieurs jours, lance une entreprise, réserve un voyage très coûteux, appelle ses proches à quatre heures du matin et se montre convaincue d’avoir enfin compris comment résoudre tous ses problèmes. Pour elle, tout semble cohérent. Pour son entourage, le changement peut être très inquiétant.
Un épisode maniaque peut nécessiter une hospitalisation, notamment si la personne se met en danger, devient très désorganisée ou présente des idées délirantes.
Hypomanie : moins visible, mais pas anodine
L’hypomanie ressemble à la manie, mais elle est moins intense. Elle ne provoque pas toujours une rupture majeure avec la vie quotidienne. La personne peut même avoir l’impression d’être plus efficace, plus sociable et plus créative que d’habitude.
Elle dort moins, parle davantage, multiplie les projets et prend parfois des décisions précipitées. Son entourage remarque souvent le changement avant elle.
Le problème est que l’hypomanie peut sembler agréable au début. Après une période de dépression, retrouver de l’énergie peut être vécu comme un soulagement. Pourtant, cette phase peut évoluer vers une manie ou être suivie d’un épisode dépressif. Elle mérite donc une évaluation médicale, même si la personne ne se sent pas en difficulté.
Les symptômes d’un épisode dépressif
L’épisode dépressif ne correspond pas seulement à une tristesse passagère. Il s’agit d’une modification durable de l’humeur et du fonctionnement général.
Les symptômes possibles comprennent :
- une tristesse persistante ou un sentiment de vide ;
- une perte d’intérêt ou de plaisir ;
- une fatigue importante et un ralentissement général ;
- des troubles du sommeil, dans un sens ou dans l’autre ;
- des changements de l’appétit ou du poids ;
- des difficultés de concentration et de mémoire ;
- un sentiment de culpabilité ou de dévalorisation ;
- un retrait des proches et des activités habituelles ;
- des pensées de mort ou des idées suicidaires.
Une personne déprimée peut ne plus répondre aux messages, annuler les repas prévus, ne plus se laver régulièrement ou avoir du mal à se lever pour aller travailler. Ce n’est pas de la paresse. Lorsque l’énergie psychique est très basse, les gestes ordinaires deviennent difficiles.
Les idées suicidaires doivent toujours être prises au sérieux. En cas de danger immédiat, appelez les urgences de votre pays. En France, vous pouvez contacter le 15 ou le 112. Le 3114 est également disponible gratuitement, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, pour les personnes concernées ou leurs proches.
Bipolarité et troubles du comportement alimentaire
La bipolarité peut coexister avec un trouble du comportement alimentaire, comme l’anorexie mentale, la boulimie ou l’hyperphagie. Les deux problématiques ne se confondent pas, mais elles peuvent s’influencer.
Par exemple, une personne en phase maniaque peut manger de manière irrégulière, oublier les repas ou adopter des comportements impulsifs. Pendant une phase dépressive, elle peut perdre l’appétit, rechercher le réconfort dans la nourriture ou abandonner les soins quotidiens.
À l’inverse, la restriction alimentaire, les vomissements, le manque de sommeil ou la consommation de substances peuvent aggraver l’instabilité de l’humeur. La dénutrition peut aussi provoquer de la fatigue, de l’irritabilité, des difficultés de concentration et des troubles du sommeil. Ces signes peuvent ressembler à ceux d’un épisode dépressif ou les accentuer.
Il est donc important de parler de l’ensemble de la situation au médecin : humeur, sommeil, alimentation, poids, compulsions, consommation d’alcool ou de drogues et traitements en cours. Aucun sujet n’est « trop gênant » lorsqu’il aide à comprendre les symptômes.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Il n’existe pas de prise de sang qui permette de confirmer une bipolarité. Le diagnostic repose sur un entretien clinique approfondi, réalisé par un psychiatre ou un médecin formé à la santé mentale.
Le professionnel cherche notamment à comprendre :
- les changements d’humeur actuels et passés ;
- la durée des épisodes ;
- les modifications du sommeil, de l’énergie et du comportement ;
- les conséquences sur les études, le travail et les relations ;
- les antécédents personnels et familiaux ;
- les consommations d’alcool, de cannabis ou d’autres substances ;
- les traitements déjà pris et leurs effets.
Un proche peut être invité à donner son point de vue. C’est parfois utile, car une personne en phase maniaque ne mesure pas toujours l’ampleur de ses changements.
Le diagnostic peut prendre du temps. Beaucoup de personnes consultent d’abord pour une dépression. Si les épisodes d’excitation, de réduction du sommeil ou d’impulsivité n’ont pas été repérés, un traitement antidépresseur seul peut ne pas être adapté et peut, dans certains cas, favoriser une accélération de l’humeur.
Le médecin doit également rechercher d’autres causes possibles : problème thyroïdien, effets d’un médicament, consommation de substances, manque de sommeil ou autre trouble psychique. L’objectif n’est pas de coller une étiquette, mais de choisir une prise en charge adaptée.
Quels sont les traitements de la bipolarité ?
La bipolarité se traite. Le traitement se construit avec le patient et s’adapte à la forme du trouble, à l’âge, aux symptômes, aux antécédents médicaux et aux projets de vie.
Les médicaments stabilisateurs de l’humeur
Les thymorégulateurs, ou stabilisateurs de l’humeur, sont souvent utilisés pour prévenir les épisodes maniaques et dépressifs. Le lithium est l’un des traitements de référence. D’autres médicaments peuvent être proposés selon la situation, notamment certains anticonvulsivants ou antipsychotiques atypiques.
Ces traitements nécessitent un suivi médical régulier. Pour le lithium, des analyses sanguines sont indispensables afin de vérifier la concentration du médicament et le fonctionnement des reins et de la thyroïde. Il ne faut pas modifier la dose ou arrêter brutalement un traitement sans en parler au prescripteur.
Les effets indésirables doivent être signalés. Un traitement efficace mais mal toléré peut souvent être ajusté. L’objectif est de trouver un équilibre entre protection contre les épisodes et qualité de vie.
La psychothérapie
Les médicaments ne sont pas la seule réponse. Une psychothérapie peut aider à mieux repérer les signes précoces, comprendre les déclencheurs et prévenir les rechutes.
Les approches utilisées peuvent inclure :
- la thérapie cognitivo-comportementale ;
- la psychoéducation ;
- la thérapie centrée sur les rythmes sociaux et le sommeil ;
- les thérapies familiales ;
- un accompagnement spécifique lorsqu’un trouble alimentaire ou une addiction est associé.
La psychoéducation est particulièrement concrète. Elle permet d’identifier ses premiers signes d’alerte : nuits raccourcies, projets qui se multiplient, dépenses inhabituelles, irritabilité ou isolement soudain. Plus ces signes sont repérés tôt, plus il est possible d’agir avant que l’épisode ne s’installe.
Les habitudes qui protègent au quotidien
Les habitudes de vie ne remplacent pas un traitement. Elles contribuent cependant à stabiliser l’humeur.
- Garder des horaires de sommeil aussi réguliers que possible.
- Éviter les nuits blanches, qui peuvent favoriser une accélération de l’humeur.
- Prendre les médicaments comme prescrits.
- Limiter l’alcool et éviter les drogues.
- Prévoir des repas réguliers, surtout en cas de trouble alimentaire associé.
- Noter les changements de sommeil, d’humeur et d’énergie dans un carnet ou une application.
- Prévenir une personne de confiance lorsque les signes d’alerte apparaissent.
- Discuter à l’avance d’un plan de crise avec l’équipe soignante.
Un agenda de sommeil peut révéler une tendance que l’on ne remarque pas au jour le jour. Si vous dormez cinq heures, puis trois, puis deux, tout en vous sentant de plus en plus actif, ce n’est pas forcément une période de productivité exceptionnelle. C’est un signal à prendre au sérieux.
Comment aider un proche bipolaire ?
Vivre aux côtés d’une personne bipolaire peut être éprouvant. Pendant une phase maniaque, vous pouvez avoir affaire à quelqu’un qui refuse toute aide, dépense l’argent du foyer ou se montre agressif. Pendant une dépression, vous pouvez vous retrouver à gérer les repas, les rendez-vous et les tâches quotidiennes.
Vous pouvez proposer une aide concrète : accompagner la personne chez le médecin, l’aider à noter ses symptômes ou contacter un professionnel si elle est en danger. En revanche, vous ne pouvez pas contrôler son humeur à sa place.
Posez des limites claires concernant l’argent, les comportements dangereux et les violences. La maladie explique certains comportements. Elle ne justifie pas les violences physiques ou psychologiques.
Le proche aidant a lui aussi besoin de soutien. Parler à un psychologue, rejoindre un groupe d’entraide ou demander conseil à une association peut éviter l’épuisement. Vous avez le droit d’aider sans vous sacrifier.
Quand consulter rapidement ?
Demandez un avis médical rapidement si vous observez plusieurs nuits avec très peu de sommeil, une agitation inhabituelle, des dépenses incontrôlées, des idées irréalistes, une consommation excessive de substances ou une dépression qui s’aggrave.
En présence d’idées suicidaires, de symptômes psychotiques, d’une grande confusion ou d’un danger immédiat, contactez les urgences. Ne restez pas seul face à une situation qui dépasse vos possibilités.
La bipolarité demande souvent un suivi au long cours. Cela ne signifie pas que votre vie est condamnée à être instable. Avec un traitement adapté, une surveillance régulière, une bonne connaissance de ses signes d’alerte et un entourage informé, de nombreuses personnes retrouvent des projets, des relations et un quotidien satisfaisant.
Le premier pas peut être très simple : prendre rendez-vous et dire clairement ce qui change dans votre sommeil, votre humeur, votre alimentation et votre comportement. Ces informations sont utiles. Elles permettent au professionnel de vous aider avec davantage de précision.