Pssm : comprendre les premiers secours en santé mentale
Quand une personne fait une crise d’angoisse, s’isole brutalement, ne mange plus, parle de mort ou semble perdre pied, on ne sait pas toujours quoi faire. On peut avoir peur de mal s’y prendre. Dire une phrase maladroite. Aggraver la situation. Ou, au contraire, ne rien dire du tout.
Les premiers secours en santé mentale, souvent abrégés en PSSM, donnent des repères simples pour réagir face à une personne en difficulté psychique. Il ne s’agit pas de devenir psychologue en quelques heures. Il ne s’agit pas non plus de poser un diagnostic.
Le but est plus concret : savoir observer, écouter, soutenir et orienter vers une aide adaptée.
Que signifie PSSM ?
PSSM signifie Premiers secours en santé mentale. Le programme apprend à reconnaître les signes d’un problème de santé mentale ou d’une situation de crise, puis à adopter une attitude aidante.
Le principe est comparable aux premiers secours physiques. Si une personne se blesse, vous pouvez sécuriser les lieux, vérifier son état, appeler les secours et rester auprès d’elle. Vous ne réalisez pas une opération médicale. Vous faites les gestes utiles en attendant une prise en charge.
En santé mentale, c’est la même logique. Vous pouvez :
- repérer un changement préoccupant ;
- ouvrir le dialogue ;
- écouter sans juger ;
- évaluer le niveau d’urgence ;
- encourager la personne à consulter ;
- rester présent pendant qu’elle cherche de l’aide.
Les PSSM ne remplacent donc ni un médecin, ni un psychiatre, ni un psychologue. Ils ne permettent pas de traiter une dépression, une anorexie, une addiction ou un trouble anxieux. Ils donnent un cadre pour ne pas rester démuni face à une situation difficile.
Pourquoi ces premiers secours sont-ils utiles ?
Les troubles psychiques sont fréquents, mais ils restent souvent cachés. Une personne peut continuer à travailler, aller en cours, répondre aux messages et sourire tout en allant très mal.
Dans le cas d’un trouble du comportement alimentaire, le décalage peut être important. Une personne anorexique peut affirmer qu’elle va bien, alors que ses pensées sont occupées toute la journée par le poids, les calories, les repas et la peur de grossir. Elle peut éviter les repas familiaux, trouver des excuses pour ne pas manger ou faire beaucoup de sport malgré la fatigue.
Ses proches voient parfois les signes, mais ne savent pas comment les aborder. Faut-il parler directement du poids ? Insister pour qu’elle mange ? Attendre qu’elle demande de l’aide ? Les PSSM ne donnent pas une phrase magique. Ils apprennent surtout à entrer en relation sans humilier, menacer ou banaliser.
Une conversation ne soigne pas une maladie. Mais elle peut réduire l’isolement. Elle peut aider une personne à accepter un rendez-vous médical. Elle peut aussi permettre de repérer une urgence avant qu’elle ne s’aggrave.
Les situations concernées
La formation PSSM aborde généralement plusieurs problèmes de santé mentale et plusieurs situations de crise. Les exemples peuvent inclure :
- la dépression ;
- les troubles anxieux et les attaques de panique ;
- les troubles psychotiques ;
- les addictions ;
- les pensées suicidaires ;
- les troubles du comportement alimentaire ;
- les réactions liées à un événement traumatique.
Il ne faut pas attendre qu’une personne ait un diagnostic officiel pour lui proposer du soutien. Vous pouvez être inquiet parce qu’un proche ne sort plus de sa chambre, parce qu’un collègue pleure régulièrement aux toilettes ou parce qu’un adolescent refuse systématiquement de manger avec sa famille.
Vous n’avez pas besoin de savoir exactement « ce qu’il a » pour dire : « Je vois que tu traverses quelque chose de difficile. Je suis disponible pour en parler et pour t’aider à trouver du soutien. »
Le repère central : approcher, écouter, soutenir, orienter
Les PSSM s’appuient sur une méthode structurée. Dans les formations, elle est souvent présentée sous l’acronyme ALGEE. Les traductions peuvent varier, mais les grandes étapes restent les mêmes.
Approcher la personne
Choisissez un moment suffisamment calme. Évitez de lancer une discussion importante entre deux portes, devant toute la famille ou juste avant un repas déjà conflictuel.
Vous pouvez commencer par une observation concrète :
- « Je remarque que tu annules beaucoup de sorties depuis quelques semaines. »
- « J’ai vu que les repas sont devenus très difficiles pour toi. »
- « Tu sembles épuisé et très anxieux en ce moment. »
Parlez de ce que vous observez. Évitez les accusations comme « tu fais n’importe quoi » ou « tu ne veux pas t’en sortir ». Elles ferment rapidement le dialogue.
Si la personne refuse de parler, vous pouvez rester disponible. Un premier échange court n’est pas un échec. Dire « je comprends que tu ne veuilles pas en parler maintenant, mais je reviendrai vers toi » peut être plus utile que de forcer la discussion.
Écouter sans juger
Écouter ne signifie pas approuver tout ce que la personne pense ou fait. Cela signifie essayer de comprendre son expérience avant de chercher à la corriger.
Face à une personne qui souffre d’anorexie, dire « tu es trop maigre, mange » peut sembler logique. Pourtant, la peur de manger n’est pas un simple manque de volonté. Les injonctions répétées peuvent augmenter la honte et les tensions autour de la table.
Vous pouvez poser des questions ouvertes :
- « Qu’est-ce qui est le plus difficile pour toi en ce moment ? »
- « Depuis quand te sens-tu comme ça ? »
- « Qu’est-ce qui t’aide un peu, même temporairement ? »
- « De quel type de soutien aurais-tu besoin aujourd’hui ? »
Laissez des silences. Ne préparez pas votre réponse pendant que l’autre parle. Et ne transformez pas immédiatement la conversation en interrogatoire médical.
Soutenir et rassurer
Une personne en difficulté peut se sentir incomprise, coupable ou persuadée qu’elle dérange. Des phrases simples peuvent l’aider à rester en lien :
- « Je te crois quand tu me dis que c’est difficile. »
- « Tu n’as pas besoin de gérer cela seul. »
- « Demander de l’aide ne signifie pas que tu es faible. »
- « Nous pouvons avancer étape par étape. »
Évitez les promesses que vous ne pourrez pas tenir. Dire « je serai toujours là, quoi qu’il arrive » peut sembler réconfortant, mais personne ne peut être disponible à toute heure. Une aide fiable inclut aussi des limites claires : « Je peux t’accompagner au rendez-vous, mais je ne peux pas remplacer un professionnel. »
Encourager une aide professionnelle
Les premiers secours en santé mentale ne consistent pas à tout prendre en charge soi-même. Ils servent à rapprocher la personne des ressources adaptées.
Selon la situation, il peut être pertinent de proposer :
- un rendez-vous avec le médecin traitant ;
- un psychologue ou un psychiatre ;
- un centre médico-psychologique ;
- une structure spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire ;
- un service de santé scolaire ou universitaire ;
- une association d’aide et d’écoute.
Une personne très anxieuse peut avoir besoin d’une aide pratique. Chercher un numéro, rédiger un message, prendre le premier rendez-vous ou accompagner physiquement peut faire une vraie différence.
Vous pouvez demander : « Préfères-tu que je t’aide à chercher un professionnel, ou que je reste simplement avec toi pendant que tu le fais ? » Cette question respecte son autonomie.
Encourager les autres soutiens
Le soutien ne vient pas uniquement des soignants. Un proche de confiance, un groupe de parole, une association, une infirmière scolaire ou un médecin généraliste peuvent constituer des points d’appui.
Dans une famille, il est important de ne pas laisser toute la responsabilité à une seule personne. Un parent qui surveille chaque repas, un conjoint qui vérifie les comportements alimentaires ou un ami qui répond à toutes les crises risque de s’épuiser.
Aider quelqu’un implique aussi de préserver sa propre santé. Vous avez le droit de dire que vous êtes inquiet, fatigué ou dépassé. Ce n’est pas abandonner la personne. C’est reconnaître que l’accompagnement doit être partagé.
Comment réagir face à une crise ?
Une crise peut prendre différentes formes : panique intense, agitation, propos incohérents, menace suicidaire, consommation massive, dissociation ou comportement dangereux.
Commencez par vérifier la sécurité. Éloignez, si possible, les objets dangereux. Parlez lentement. Utilisez des phrases courtes. Ne bloquez pas physiquement une personne sauf situation de danger immédiat et dans le respect des règles de sécurité. Évitez les cris, les menaces et les attroupements.
Si la personne parle de suicide, posez la question clairement. « Est-ce que tu penses à te suicider ? » Cette question ne donne pas l’idée du suicide. Elle permet de savoir ce qui se passe réellement.
Demandez ensuite si elle a un plan, un moyen disponible et une intention de passer à l’acte. Si le danger semble imminent, ne la laissez pas seule. Appelez les secours :
- le 15 pour le Samu ;
- le 112 pour le numéro d’urgence européen ;
- le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible en France ;
- le 114 pour les personnes sourdes, malentendantes ou qui ne peuvent pas parler au téléphone.
En cas de malaise physique, de perte de connaissance, de déshydratation importante ou de symptômes médicaux sévères, appelez également les urgences. Un trouble alimentaire peut mettre le corps en danger, même si la personne minimise la situation.
Ce que les PSSM ne permettent pas de faire
Les premiers secours en santé mentale ne permettent pas :
- de poser un diagnostic ;
- de forcer une personne à suivre un traitement ;
- de surveiller seul son alimentation ou ses médicaments ;
- de garantir qu’une crise ne se reproduira pas ;
- de remplacer une prise en charge médicale ou psychothérapeutique ;
- de résoudre un trouble psychique en une seule conversation.
Cette limite est essentielle. Dans l’anorexie, par exemple, l’entourage peut vouloir contrôler chaque repas pour « sauver » la personne. Cela part souvent d’une bonne intention, mais peut créer une relation fondée uniquement sur la surveillance et le conflit. Les modalités de réalimentation et de suivi doivent être définies avec des professionnels compétents.
Se former aux premiers secours en santé mentale
Il existe des formations PSSM destinées au grand public et d’autres adaptées à certains publics, notamment les jeunes. Elles permettent d’apprendre les principaux repères, de réfléchir à des situations concrètes et de déconstruire certaines idées reçues.
Avant de vous inscrire, vérifiez le contenu de la formation, sa durée, le public concerné et l’organisme qui la propose. Une formation sérieuse doit rappeler les limites du rôle de secouriste en santé mentale et la nécessité d’orienter vers des professionnels.
Vous pouvez aussi commencer sans attendre une formation. Informez-vous auprès de sources fiables. Apprenez les numéros d’urgence. Discutez avec votre médecin. Et surtout, entraînez-vous à parler des difficultés psychiques avec des mots simples.
Une attitude utile au quotidien
Les PSSM ne sont pas seulement une réponse aux crises. Ils encouragent une culture de la prévention et du dialogue.
Demander régulièrement à un proche comment il va réellement. Accepter qu’une personne dise non. Ne pas commenter systématiquement son corps ou son alimentation. Proposer de l’aide sans imposer. Ce sont des gestes ordinaires, mais ils peuvent réduire l’isolement.
Vous n’avez pas besoin d’avoir la bonne phrase à chaque fois. Vous pouvez dire : « Je ne sais pas exactement quoi répondre, mais je vois que tu souffres et je ne veux pas te laisser seul avec ça. »
Parfois, c’est le début d’une prise en charge. Parfois, c’est simplement une présence qui permet de tenir jusqu’au prochain rendez-vous. Dans les deux cas, cela compte.